Bouddhisme japonais Jôdo Shinshû Bouddha Amida

Jôdo Shinshû, un Bouddhisme Rebelle

Ceci est un article écrit par Greg du blog “Jôdo Shinshû, branche Otani“, qui est également mon mari 🙂 Il est passionné de bouddhisme japonais et souhaite vous faire découvrir le Jôdo Shinshû, la branche du bouddhisme la plus populaire au Japon.

Le bouddhisme le plus pratiqué au Japon

Quand on pense Bouddhisme japonais, le premier mot qui vient en tête est souvent « Zen ». Mais avez-vous déjà entendu parler du Jôdo Shinshû, autrement appelé en français« Véritable école de la Terre Pure » ? Il s’agit de la forme de Bouddhisme la plus pratiquée au Japon (22 000 temples pour 10 millions de pratiquants, contre 3 millions de pratiquants pour le Zen).
Et pourtant, elle reste presque inconnue en France.

Pourquoi donc me demandez-vous ? Et bien principalement parce que cette tradition ne correspond pas du tout à l’image que se font les Occidentaux du bouddhisme. Jugez par vous-même :

  • Dans le Jôdo Shinshû il n’y a pas de moines vivant dans des monastères coupés du monde, que des prêtres qui ont le droit de se marier et d’avoir des enfants
  • Les prêtres n’ont pas pour obligation de se raser les cheveux
  • Il n’y a aucune règle de vie. Les prêtres comme les laïcs peuvent boire de l’alcool, avoir des relations sexuelles…
  • La méditation n’est traditionnellement pas pratiquée dans le Jôdo Shinshû

A voir cette liste, certains pourraient se demander s’il en a toujours été comme ça dans cette école où s’il s’agit d’une déformation ultérieure. C’est en effet une bonne question. Ceux qui pratiquent d’autres formes de bouddhisme japonais comme le Zen me diraient : « à part peut-être ton dernier point sur la méditation, ce que tu dis du Jôdo Shinshû est globalement valable pour toutes les traditions japonaises ». Et c’est juste ; seulement il s’agit là du résultat d’un assouplissement des règles monastiques par le gouvernement japonais à l’époque Meiji (1868 – 1912). Alors que dans le cas du Jôdo Shinshû, cette situation était déjà à peu près la même dès sa création au XIIIème siècle. Et pendant longtemps, cette tradition est restée la seule à avoir l’autorisation du gouvernement japonais d’agir ainsi.

La raison est que le fondateur de cette école, Shinran Shônin, avait renoncé à la discipline monastique et vivait au milieu des gens ordinaires. Il se définissait lui-même comme ni-moine, ni-laïc. Il avait compris que si maintenir les préceptes monastiques était une condition pour devenir un Bouddha, alors les gens ordinaires, ceux qui n’avaient d’autres choix que d’enfreindre les préceptes pour survire tels que les pêcheurs ou les prostituées, seraient exclus. De même, si la méditation ou lire les sutras était obligatoire, comment tous les gens qui travaillent toute la journée et ceux qui ne savent pas lire pourraient-ils être sauvés ?

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Shinran, guidé par son maitre Hônen, proposa donc une voie à l’opposée des pratiques bouddhiques ordinaires. Là où les écoles traditionnelles japonaises prônaient la discipline et l’effort, l’école de Shinran prôna l’abandon de soi. Là où les autres écoles prônaient de multiples pratiques complexes, le Jôdo Shinshû prôna la pratique unique du Nembutsu.

Kiyozawa Manshi
Kiyozawa Manshi
Shinran
Shinran

Qu’entend-on par abandon de soi et Nembutsu ?

Il s’agit de prendre conscience qu’une forme de Sagesse et de Compassion Infinie nous entoure à chaque instant, nous ainsi que tous les êtres vivants, et de nous en remettre entièrement à elle. Pour Shinran, cette sagesse et compassion sont symbolisées par le Bouddha Amida, le Bouddha Lumière/Vie infinie. Lorsque nous abandonnons notre égo et que nous laissons la Sagesse et la Compassion Infinie du Bouddha pénétrer dans nos cœurs, nous entrons en toute simplicité dans la famille du Bouddha.

Dans le Bouddhisme Jôdo Shinshû, nous montrons alors notre gratitude envers cette Sagesse et Compassion Infinie en prononçant les mots « Namu Amida Butsu », c’est-à-dire « je m’en remets au Bouddha Amida ».

Pour Shinran, la seule condition nécessaire pour se libérer de la souffrance est donc de placer sa confiance dans cette Compassion et Sagesse absolue disponible pour nous à tout moment. Cette expérience est nommée Shinjin. Aucune autre condition n’intervient.

En revanche il est important de comprendre que ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de règles dans cette école que nous pouvons faire n’importe quoi, bande de jeunes délinquants ! 😉

En effet Shinran Shônin explique clairement dans ses lettres envoyées à ses disciples que cette expérience appelée Shinjin entraine naturellement une transformation nous menant à vivre de façon plus éthique, inspirés par la Compassion et la Sagesse du Bouddha. Ainsi, il écrit par exemple :

« Par le passé vous étiez ivre du vin de l’ignorance et n’aviez de goût que pour les trois poisons de l’avidité, de la colère et de l’ignorance. Mais depuis que vous avez entendu le vœu du Bouddha vous êtes progressivement sorti de l’ivresse de l’ignorance, avez progressivement rejeté les trois poisons et en êtes venus à préférer en tout temps la médecine du Bouddha Amida.

Inversement, comme il est lamentable que des personnes qui ne sont pas encore entièrement sorties de l’ivresse soient poussées à boire plus et que ceux qui sont encore sous l’emprise du poison soient encouragés à prendre plus de poison. Il est en effet bien triste de céder à ses pulsions sous prétexte qu’on est par nature habité par les passions mauvaises – justifiant ainsi des actes qui ne devraient pas être commis, des paroles qui ne devraient pas être prononcées, et des pensées qui ne devraient pas être nourries – et de dire qu’on peut suivre tous ses désirs quels qu’ils soient. C’est comme si on offrait à quelqu’un du vin avant qu’il ne soit redevenu sobre ou qu’on le poussait à prendre plus de poison avant que l’effet du poison [qu’il a pris] ne se soit dissipé. « Tiens, voilà un médicament [contre le poison], bois donc autant de poison que tu le désires » – de telles paroles ne devraient jamais être prononcées. ».

Mattōshō lettre 20, traduit de l’anglais sur la base de The Collected Works of Shinran

Ce thème est repris par le Révérend Kiyozawa Manshi, l’un des penseurs Jôdo Shinshû les plus connus du XXème siècle qui écrit :

« Tant que je suis conscient de la libération apportée par le pouvoir transcendant mon égo (Pouvoir Autre, symbolisé par le Bouddha Amida), la façon dont je dois vivre ma vie m’apparait clairement. Dès que j’oublie la libération apportée par le pouvoir transcendant mon égo, la façon dont je dois vivre ma vie devient incertaine.

Tant que je garde à l’esprit la libération offerte par le pouvoir qui me dépasse, je ne me laisse que rarement influencer par mes désirs. Quand j’oublie la libération offerte par le pouvoir qui me dépasse, presque tous mes actes deviennent dictés par mes désirs.

Quand la libération par le Pouvoir Autre est clairement présente dans mon esprit, tout ce que je fais est baigné de lumière. Quand je l’oublie, tout ce que je fais se trouve noyé dans les ténèbres.

[…]

Notre vie ressemble souvent à une mer agitée aux eaux sombres et polluées. Et pourtant, par-dessus cette mer agitée, la recouvrant entièrement, une lumière sereine et pure remplie l’espace. Cette lumière nous enveloppe entièrement, pour peu que nous soyons conscients de sa présence.

Ces quelques mots exprimant ma gratitude me paraissent bien légers en comparaison des bienfaits sans limites offerts par cette lumière universelle ! »

Cette traduction a été faite sur la base des versions anglaises extraites des livres « December Fan » et « Selected Essays of Manshi Kiyozawa »

Pour en apprendre plus sur le bouddhisme japonais Jôdo Shinshû, cliquez ici pour accéder au site francophone de référence sur le sujet tenu par mon mari ! 🙂

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Est-ce que vous connaissiez ce type de bouddhisme japonais ? En connaissez-vous d’autres ?

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