Origine des kanji japonais chinois

L’Origine des Kanji Japonais

Voici le premier article d’une série de 3 sur le thème des kanji. Pour bien commencer et comprendre ce que sont les kanji, je vous propose une plongée dans l’histoire afin de découvrir quelle est l’origine des kanji japonais, et pourquoi la langue japonaise est étroitement liée à la langue chinoise.

L’Origine Chinoise des Kanji Japonais

La première chose importante à savoir sur l’origine des kanji japonais est qu’ils proviennent des idéogrammes chinois. C’est donc en Chine que va commencer notre histoire. Traversons donc la Mer du Japon pour arriver dans l’Empire du Milieu…

Des oracles sur des os et des carapaces de tortues !?

Une des théories les plus répandues concernant la création des idéogrammes chinois est qu’il s’agirait à l’origine d’un moyen de communiquer avec les dieux utilisé par des oracles chinois il y a entre 3000 et 4000 ans.

Selon la croyance, pour communiquer avec les dieux on prenait d des os et des carapaces de tortues que l’on brûlait, puis l’on regardait les craquelures qui se formaient dessus et on essayait de comprendre ce qu’elles pouvaient bien représenter.

Mais quel est le rapport avec les kanji me direz-vous ? Et bien au fur et à mesure du temps, les Chinois se sont mis à recopier sur d’autres carapaces de tortues (celles qu’ils n’avaient pas brulées 😅) les symboles formés par les craquelures qui ressemblaient le plus à des objets ou animaux. C’est ce qu’on appelle des 甲骨文字 (こうこつもじ、koukotsumoji) : des caractères sur des écailles ou des os. En voici un exemple.

甲骨文字 koukotsumoji
甲骨文字 koukotsumoji

Il est probable que puisque ces craquelures étaient considérées comme un message des dieux, les oracles chinois pouvaient ensuite, une fois leur sens décodé, envoyer eux-mêmes des messages aux dieux en recopiant ces symboles sur des offrandes. Plutôt malin !

Mais à ce stade, nous sommes encore loin d’un réel système d’écriture.

De symboles sur des carapaces à un premier système d’écriture

Notre histoire de l’origine des kanji japonais continue avec l’avènement de la dynastie des Zhou quand, pour la première fois, un réel système d’écriture fait son apparition en Chine.

C’est en effet à cette époque que les Chinois prirent conscience du fait que ces symboles utilisés pour communiquer avec les dieux pouvaient aussi être utilisés pour communiquer… entre êtres humains ! Et un des gros avantages des idéogrammes, comparé à un alphabet phonétique, est que même des personnes ne parlant pas la même langue peuvent en comprendre le sens.

En effet, si tout le monde s’accorde pour dire que l’idéogramme 山 représente une montagne, alors même si vous le prononcez “une montagne” et votre voisin le prononce “der Berg”, en voyant ce symbole vous saurez tous les deux de quoi on parle.

Le soucis est qu’à cette époque, les caractères ne sont pas encore standardisés, ce qui fait que tout le monde n’utilisait pas forcément les même versions des idéogrammes. On pouvait donc retrouver de nombreuses variante pour une même signification.

Une première harmonisation des idéogrammes chinois

Il faudra attendre l’unification de la Chine sous les Qin pour voir une première tentative globale d’harmonisation des idéogrammes chinois. Une harmonisation qui s’est faite dans la finesse et la douceur, comme souvent dans l’Histoire de l’Humanité…

L’Empereur Qin Shi Huang, au IIIème siècle avant notre ère, avait pour projet de standardiser les caractères chinois. Pour cela, il confia à son premier ministre Li Si la tâche de sélectionner et de fixer 3000 idéogrammes (en réalité 3300) qui deviendraient alors les seuls idéogrammes officiels et autorisés dans l’Empire.

Li Si accomplit sa mission et en profita pour harmoniser la taille et les proportions des idéogrammes en se basant sur des carrés. C’est ce que l’on appela l’écriture “petit sceau”

Style “petit sceau”

Afin de s’assurer que ces idéogrammes seraient bien les seuls à être utilisés, ainsi que pour faire table rase du passé, l’Empereur Qin Shi Huang et son ministre Li Si décidèrent de brûler presque tous les livres de l’époque et d’enterrer vivants plus de 460 lettrés opposés aux réformes… Des gens fins et délicats !

Cette liste de 3000 idéogrammes ne perdura pas, et bientôt plus de 10 000 idéogrammes furent utilisés.

Les Kanji Japonais

L’arrivée des idéogrammes chinois au Japon

Exemple de texte chinois avec explications en japonais sur le coté des caractères

Faisons maintenant un bond dans le futur de quelques centaines d’années. Vers la fin du IVème siècle, début du Vème siècle de notre ère, des immigrants Chinois débarquent au Japon depuis la Corée. Ils amènent avec eux leurs idéogrammes, qui ont bien évolués depuis l’époque de l’empereur Qin Shi Huang.

À cette époque, le Japon ne disposait d’aucun système d’écriture. Les Japonais vont donc saisir cette opportunité et commencer à utiliser les idéogrammes chinois.

Initialement, ces idéogrammes chinois étaient principalement utilisés pour retranscrire des sons, pas pour leur sens. C’est ce qui donna naissance aux man’yôgana et aux hiragana, si vous voulez en savoir plus à ce sujet, tout est expliqué dans mon article sur l’histoire des hiragana japonais.

Assez vite, les Japonais se rendirent compte que ce système n’était pas vraiment pratique et se mirent à adopter les caractère chinois pour leur sens. Ils conservèrent cependant certains caractères pour leur aspect purement phonétique afin de retranscrire les éléments de grammaire japonaise (par exemple les particules) qui n’ont pas d’équivalent en chinois.

Les lectures On et Kun des kanji japonais

Nous arrivons maintenant à une spécificité assez surprenante et, disons le clairement, carrément embrouillante pour les étrangers : les lectures On et Kun des kanji japonais. L’existence de ces deux lectures est une conséquence directe de l’histoire de l’introduction des kanji au Japon.

Comme nous l’avons vu précédemment, les Japonais ont décidé assez vite d’adopter les caractères chinois pour leur sens. Cette nouvelle utilisation des caractère chinois pour leur sens se fit de deux façons :

  • Via l’intégration directe de mots chinois ; ce fut notamment le cas de nombreux mots initialement présents dans les textes chinois mais absent en japonais. Comme par exemple des termes spécifiques issus des soutras bouddhiques ou des classiques du confucianisme.
    Dans ce cas, les mots chinois furent adoptés directement dans la langue japonais via une approximation de la prononciation chinoise. C’est ce qu’on appelle la lecture On, pour Onyomi (音読み), qui veut dire “lecture phonétique”.
    Cette lecture On est généralement utilisée dans les mots composés de plusieurs kanji, comme par exemple 火山 (かざん, kazan) qui veut dire volcan.
    Pour marquer le fait que la lecture de ce caractère vient du chinois, elle sera marquée en katakana dans la plupart des dictionnaires de kanji.
    Par contre, pour les furigana (c’est à dire les lectures indiquées au dessus des kanji pour aider les enfants à lire les kanji), ceux-ci seront toujours écrits en hiragana car il s’agit désormais de mots faisant partie intégrante de la lngue japonaise.
  • En utilisant des mots japonais existant pour expliquer des caractères chinois ; par exemple pour expliquer le caractère 山 qui signifie “montagne”, les Japonais utilisèrent le mot japonais やま (yama) qui a le même sens. Et donc, à force, cet idéogramme chinois 山 fut associé au mot japonais やま (yama) car c’est ainsi qu’il était prononcé à l’origine dans la langue japonaise. Et ainsi de suite pour les autres mots.
    C’est ce qu’on appelle la lecture Kun, pour Kunyomi (訓読み), qui veut dire “lecture basée sur le sens ou lecture explicative”.

Comme nous venons de le voir, un même kanji va donc souvent avoir une lecture On basée sur la lecture chinoise et une lecture Kun basée sur la lecture japonaise.

Comme la langue chinoise et les prononciations associées ont évoluées avec le temps et les dynasties, on retrouve pour certains caractères plusieurs lectures On. Ces dernières étant basées sur l’approximation japonaise de la prononciation chinoise en vigueur au moment de son importation au Japon 😱

Heureusement ce n’est pas le cas pour tous les kanji !

Les réformes des kanji au Japon

Dictionnaire présentant les 2143 kanji usuels actuels

En 1946, la liste des kanji japonais “officielle” fut limitée à 1850 kanji qu’on appella les Tôyô Kanji (当用漢字). Puis en 1949 la forme de nombreux kanji fut simplifiée. La Chine ayant également procédé à une simplification différente de ses idéogrammes de son côté, de nombreux idéogrammes initialement identiques en Chine et au Japon sont désormais très différents.

Avec les années, de nombreux caractères furent ajoutés à la liste des Tôyô Kanji. Puis en 1981, la liste de kanji “usuels” Jôyô Kanji 常用漢字 fut fixée. Cette liste a subit quelques modifications mineures depuis 1981 et contient actuellement 2143 kanji. C’est elle qu’on retrouve dans les dictionnaires de kanji que nous connaissons aujourd’hui, comme ceux dont j’ai parlé dans cet article.

Vous connaissez désormais l’origine des kanji japonais ! Je vous donne rendez-vous dans le second article de cette série spéciale dans lequel nous verrons en détails ce que sont les clés qui composent les kanji.

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