Guerre d'Ônin

La Guerre d’Ônin, une décennie de désolation à Kyôto

La guerre d’Ônin (応仁の乱、おうにんのらん、Ônin no ran) est une guerre civile qui a eu lieu à Kyôto de 1467 à 1477 durant l’époque Muromachi. Les principaux acteurs, le clan Ashikaga (足利、あしかが) à la tête du shôgunat (幕府、ばくふ、bakufu), et deux clans guerriers rivaux, ont eu des impacts irréversibles non-seulement sur l’histoire de l’ex-capitale du Japon, mais également sur l’archipel entier. Affûtez votre lame, nous voici partis pour un conflit long d’une décennie !

Un enjeu politique : deux héritiers pour un shôgunat

Ashikaga Yoshimasa (足利義政、あしかがよしまさ
Ashikaga Yoshimasa (足利義政、あしかがよしまさ)

Tout a commencé en 1464 par une histoire de succession, comme c’est d’ailleurs le cas pour beaucoup de conflits. Le shôgun Ashikaga Yoshimasa (足利義政、あしかがよしまさ, 1436-1490) n’a pas d’héritier, mais souhaite abdiquer. Il choisit donc son jeune frère Yoshimi (義視、よしみ, 1439-1491), qui est moine, comme son successeur. Cependant, un an après, c’est la surprise : son fils naît, Yoshihisa (義尚、よしひさ, 1465-1489). (Vous n’êtes pas trop confus par tous ces prénoms commençant par « Yoshi » ? 😉)

La naissance de cet enfant provoque bien sûr une mésentente totale entre les frères. Mais c’est surtout l’épouse du shôgun, Hino Tomiko (日野富子、ひのとみこ, 1440-1496) qui alimente encore plus les tensions. Cette dernière est fermement opposée à ce que Yoshimi reprenne les rênes du bakufu. Et ce, à tel point qu’elle décide de chercher de puissants alliés militaires pour les soutenir, elle et son fils. C’est le moment idéal, car deux puissants seigneurs de guerre ou daimyô en japonais (大名、だいみょう), Yamana Sôzen (山名宗全、やまなそうぜん, 1404-1473) et Hosokawa Katsumoto (細川勝元、ほそかわかつもと, 1430-1473) ne s’entendent pas très bien, pour rester polie. Chacun voudrait voir l’autre tomber.

Ils prennent ainsi parti :

Yamana Sôzen 山名宗全、やまなそうぜん

Yamana Sôzen, sous la demande de Hino Tomiko, choisit de se ranger au côté de Yoshihisa.

Hosokawa Katsumoto 細川勝元、ほそかわかつもと

Hosokawa Katsumoto s’allie à Yoshimi.

L’alliance entre divers clans et membres de la famille Ashikaga est un joli prétexte pour chacun des protagonistes. Ils ont évidemment tous un petit objectif derrière la tête : asseoir son propre pouvoir.

Comment s’est passée cette guerre civile ?

La guerre d’Ônin, le commencement

Les troupes de Hosokawa Katsumoto, l’Armée de l’Est, comportent 85 000 samurai (侍、さむらい). Yamana Sôzen, l’Armée de l’Ouest, a sous son commandement 80 000 guerriers. Toutes les deux sont de puissance égale. Néanmoins, aucun ne souhaite attaquer en premier, parce qu’ils sont encore tous officiellement sous les ordres du shôgun, Yoshimasa. Et même s’ils profitent de ces tensions qui existent entre les membres de la famille Ashikaga pour régler leurs problèmes personnels, ils ne souhaitent toutefois pas perdre les faveurs du bakufu. Et franchement, qui le voudrait ? Le shôgun annonce clairement que le premier à attaquer l’autre sera considéré comme un « rebelle ». Cela revient tout simplement à devenir l’ennemi du pouvoir.

Cependant, un incendie se déclare chez les Hosokawa en mars 1467. Ceux-ci vont alors accuser les Yamana d’ avoir déclenché l’incendie : ces derniers sont déclarés « rebelles » aux yeux du shôgunat. En mai, c’est au tour d’un manoir des Yamana d’être incendié. Pourtant, la guerre d’Ônin n’éclate officiellement qu’en juillet 1467 : Yoshimasa ordonne qu’on punisse les rebelles.

Petite note : en plus de l’incendie chez les Hosokawa, on raconte que l’insistance de Hino Tomiko vis-à-vis de la succession de son fils au bakufu est l’un des facteurs qui a déclenché la guerre d’Ônin.

Kyôto, la capitale changée en champ de bataille

Guerre d'Ônin Japon
La bataille fait rage !

La bataille fait rage à Kyôto. L’armée de l’Ouest de Yamana arrive à contrôler la partie sud et ouest de la capitale, tandis que le nord est en ruines. De nombreuses bâtisses sont détruites, incluant des bâtiments comme le Tenryû-ji (天龍寺、てんりゅうじ), par exemple. Les habitants n’ont pas d’autres choix que de fuir la capitale, sous peine d’être tués. En plus de dominer le champ de bataille, Yamana Sôzen reçoit le soutien d’Ôuchi Masahiro (大内 政弘 、おおうちまさひろ, 1446-1495), qui le rejoint avec 20 000 hommes.

Pendant ce temps, que fait le shôgun ?

Savez-vous ce que fait Ashikaga Yoshimasa pendant que Kyôto saigne et brûle ? Il préfère se consacrer à l’art, ainsi qu’à la construction du Pavillon d’Argent, le Ginkaku-ji (銀閣寺、ぎんかくじ).

Ginkaku-ji pavillon d'argent Kyoto
Le Ginkaku-ji

Évidemment, cela n’arrête pas les daimyô qui se livrent à corps perdu dans la bataille. Cette parfaite indifférence de la part du shôgun est une opportunité encore plus alléchante pour les samurai. Ils en profitent alors pour régler leurs différends entre eux… par le sang. Et certains, bien plus ambitieux que les autres, s’imaginent devenir shôgun à la place du shôgun.

Arrêter un conflit : pas si évident

En 1469, Yoshimasa désigne officiellement son fils Yoshihisa comme son successeur. D’ailleurs fait étrange concernant le frère du shôgun, Yoshimi : bien que soutenu par Hosokawa, il devient l’un des généraux en chef de Yamana. Et comme ce dernier est vu comme un « rebelle », Yoshimi est déchu de ses privilèges.

En 1473, Yoshihisa devient shôgun suite à l’abdication de son père. Même si les deux patriarches des clans qui s’affrontent, Yamana et Hosokawa, meurent cette même année, cela ne veut pas dire que la guerre civile est finie. Bien au contraire. Le problème, c’est que personne dans les deux partis ne sait comment mettre fin au conflit. Peut-être est-ce une question d’honneur et de fierté, après tout. Car on ne sait toujours pas qui a vraiment mis le feu chez les Hosokawa en mars 1467. Est-ce un membre du clan ennemi ou les propriétaires eux-mêmes, afin d’avoir une raison légitime de s’en prendre à leurs rivaux ?

De toute façon, Yamana Sôzen et Hosokawa Katsumoto n’ont pas rempli leurs objectifs avant leur mort… Finalement, Ôuchi Masahiro, un des généraux de l’Armée de l’Ouest, met feu à sa propre résidence. Il quitte ensuite la ville en 1477, mettant fin à la guerre par la même occasion. Yoshimi décide par la suite de ne plus s’intéresser à la politique.

Quelles conséquences après la guerre d’Ônin ?

La guerre d’Ônin, la ruine de Heian

La ville qu’on nommait autrefois Heian (平安、へいあん) est à feu et à sang. Elle est la cible des pillards, qui n’hésitent pas à se servir grassement de tous ces trésors délaissés. De nombreux monuments ne sont plus que des ruines, malheureusement. Avez-vous visité des temples et des sanctuaires à Kyôto ? Sachez que la plupart d’entre eux ne sont pas d’époque, et ont été reconstruits après la guerre d’Ônin. Même si le conflit s’est déroulé dans l’ancienne capitale, la guerre d’Ônin s’est répandue sur le reste du territoire japonais, comme une épidémie. Après avoir fui la ville, les aristocrates et les prêtres contribuent à la diffusion de la culture kyôtoïte dans les provinces nippones. En général, ils se réfugient dans des villes proches, comme Nara (奈良、なら), Uji (宇治、うじ) ou encore, Sakai (酒井、さかい).

Un bakufu bafoué et beaucoup moins crédible

Le clan Ashikaga n’est plus l’ombre que de lui-même à la fin de la guerre d’Ônin. Il faut dire que Yoshimasa n’a pas vraiment fait d’effort pour sauver sa famille qui était déjà déchirée par les tensions. Les Hosokawa en revanche, réussissent à asseoir leur domination. Ce sont eux qui vont contrôler le bakufu jusqu’en 1558 grâce à leur homme de paille, à savoir : un membre du clan Ashikaga. Le Japon ressort divisé de la guerre.

Sengoku, l’ère des provinces en guerre

Une population paysanne au service des seigneurs de guerre

sengojujidai Guerre d'Ônin
Sengokujidai, les provinces en guerre

La guerre d’Ônin débouche également sur une autre époque : Sengoku (戦国、せんごく), « les provinces en guerre ». Régie par la violence, la population paysanne se met au service des daimyô. C’est d’ailleurs grâce à elle que ces derniers s’enrichissent et disposent d’une armée nombreuse et puissante. Le port du sabre et l’apprentissage du maniement des armes se démocratisent donc de plus en plus. Finalement, les seigneurs de guerre sont ceux qui réussissent à profiter le plus des conséquences du conflit. Comme l’autorité du bakufu est devenue ridicule, ils deviennent indépendants du pouvoir central et leurs provinces deviennent de vrais gouvernements séparés. Et pour les vaincus, vous connaissez sûrement la fameuse expression « Les vainqueurs écrivent l’histoire » : ils disparaissent. C’est pour ça que de nombreuses familles, autrefois puissantes, finissent rayée de l’histoire du Japon après la guerre d’Ônin.

Des trahisons et des révoltes : une unification impossible ?

Guerre d'Ônin ikko-ikki
Soulèvement de Ikkô-Ikki

Les groupes Ikkô-Ikki (一向一揆、いっこういっき), composés de paysans, moines bouddhistes, prêtres shintoïstes et samurai de bas rang, influencent de plus en plus la population paysanne. Ils arrivent à les convaincre de se révolter contre leurs seigneurs de guerre. Sans shôgunat pour les aider, ces derniers se font submerger. On parle de « gekokujô » (下剋上、げこくじょう), c’est-à-dire que ce sont les « plus faibles qui dominent les plus forts ».

En plus de ces rébellions, les vassaux trahissent également leurs seigneurs, afin de s’approprier leur titre. Puis, ils sont balayés à leur tour par les Ikkô-Ikki. D’ailleurs, le seul daimyô qui arrivera à tirer son épingle du jeu, Oda Nobunaga (織田信長、おだのぶなが, 1534 – 1582), matera ses rebellions pour unifier le pays, mais non sans mal.

Rengainez votre sabre, cet article sur la guerre d’Ônin est maintenant terminé !
Connaissiez-vous ce conflit qui a ravagé Kyôto pendant une décennie ?

Cliquez ici pour encore plus d’histoires sur le Japon !

Article écrit par Leïla Casarin

Partager l'article :
  • 16
    Partages

6 commentaires

  • Didier

    Quelle curieuse coÏncidence ! Je profite du confinement pour poursuivre mes lectures sur l’histoire et la culture du japon : je lis actuellement l’excellent livre de Pierre-François Souyri “La nouvelle histoire du japon” , et j’en suis exactement à cette période. Donc petit complément qui tombe à pic !

  • Anne-Angélique Zémour

    Article super intéressant qui m’a bien embarquée dans ce conflit ! Une connaissance de plus à mettre dans mon escarcelle de culture japonaise (oui, oui, j’ai une escarcelle de culture japonaise !) car non, je ne connaissais pas cette guerre décennale ! Merci !

  • Michael Malardeau

    Super article, je connaissais pas cette partie de l’histoire du Japon qui a conduit au sengokujidai. Mais par contre je connaissais les ikkô-ikki. Je me documente énormément sur cette partie de l’histoire du Japon, et surtout sur Oda Nubunaga. Pour mon voyage au Japon j’ai l’intention de me rendre au monument dédier à celui ci. Pour ça que je veux aussi bien me débrouiller en japonais pour pouvoir parler avec des personnes sur place, connaitre leurs ressenti sur ce personnage de leurs histoires.

  • nico

    l’histoire est vraiment passionnant, je trouve que c’est pas mal que tu parles de l’histoire de japon sur ton blog, ca permet de comprendre un peu plus ce pays.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *