tokyo tower travail au japon

Le monde du travail au Japon : comment ça marche ?

Petit avertissement avant la lecture de cet article : celui-ci contient des situations assez sensibles, mais n’est pas moralisateur. Il pourra vous montrer un autre Japon, celui que vous ne connaissez peut-être pas. Parce que lorsqu’on s’intéresse à un pays et à sa culture, il est également important de ne pas tout idéaliser, sans pour autant tomber dans l’extrême opposé ! Les sources sont à la fin de l’article, je vous souhaite une bonne lecture.

Le monde du travail au Japon, c’est sacré, à tel point que cela en est un mode de vie pour sa population. Que dis-je, une culture, même ! D’un point de vue occidental, on a cette image des Japonais qui s’impliquent à fond dans leur boulot, sont perfectionnistes, et toujours prêts à se sacrifier pour leur entreprise. Et tout cela, avec un esprit d’équipe à faire pâlir les plus solidaires d’entre nous. Bref, un dévouement total et de vrais bosseurs. En plus d’avoir un taux de chômage très bas. Mais est-ce pour autant la réalité ou juste un énième cliché ? D’ailleurs, travailler là-bas, à quoi ça ressemble et qu’est-ce que ça implique ? Préparez vos carnets, vos petits stylos et prenez note, nous plongeons dans le monde du travail au Japon !

Le monde du travail au Japon : les bases

Le groupe avant tout

Vous le savez probablement déjà : l’esprit de groupe est la base-même de la société japonaise. Ce concept est inculqué chez les enfants dès leur plus jeune âge. En effet, on leur apprend que l’individu dépend des autres, et que tant qu’il est conforme aux normes, il ne risque pas de briser cette « harmonie ». Tout au long de la vie, cet esprit de groupe amène les Japonais à évoluer ensemble. Celui qui est en dehors de ce cercle est exclu, méprisé et moqué. C’est pour cela que la population se préoccupe beaucoup des qu’en dira-t-on, et que cette culture du tatemae (建前、たてまえ) est omniprésente. Le tatemae est un masque, une façade que l’on se doit de porter en société pour ne pas se faire rejeter. Ce que l’on ressent vraiment est le honne (本音、ほんね).

建前

En Occident, c’est plutôt le contraire. On a tendance à mettre en valeur l’individu et de se dire que ce n’est pas grave d’être différent des autres ; et que cela en est même une force, un atout. On nous dit aussi qu’il ne faut pas hésiter à dire ce que l’on pense. Même si, le regard de la société sur l’individu reste un motif angoissant pour nombre d’entre nous.

Au Japon, même si vous ne pouvez pas blairer votre collègue, vous ne devez laisser rien paraître : un sourire et tout va bien. D’ailleurs, pour renforcer cette cohésion d’équipe, chaque salarié a une tâche propre qui lui est définie. Les Japonais travaillent donc en groupe afin d’effectuer ce qui a été demandé par le supérieur. Cela peut-être vraiment pratique pour ne pas être désorienté : au moins, si vous éprouvez des difficultés, il y aura vraiment de la solidarité, de l’entraide. Car vous êtes tous dans le même bateau. En plus, un esprit de groupe et des encouragements, quoi de mieux pour se motiver ?

Certaines boîtes font un chôrei (朝礼、ちょうれい): il s’agit d’une petite réunion le matin où tout le monde se réunit pour se saluer, se motiver et montrer qu’on l’est aussi. On y annonce également comment la journée va se dérouler. Il peut même y avoir des discours, cela dépend de chaque compagnie qui le pratique. C’est un petit rituel convivial, une routine pour bien commencer la journée avec de bons repères.

Respect de la hiérarchie et des aînés

La hiérarchie dans la compagnie est quelque chose de très important. On s’adressera toujours au supérieur avec énormément de respect. L’insubordination n’a pas sa place dans le monde du travail au Japon. Il faut dire que là-bas, les rares révoltes paysannes n’ont jamais été couronnées de succès à long terme, et elles n’avaient pas vocation à placer l’individu en avant. L’employé doit donc exécuter l’ordre de son supérieur sans discuter. C’est pratique, parce qu’en général, ce dernier n’a pas besoin de se répéter pour que la tâche soit réalisée.

Les aînés ou « senpai » (先輩、せんぱい) doivent être aussi respectés. L’ancienneté est très importante dans l’entreprise. Il se peut, ainsi, que certaines personnes qui sont là depuis longtemps, se retrouvent à des postes très élevés, sans pour autant être capables de gérer le travail qu’il leur a été confié.

Pour s’adresser directement à tout ce beau monde ou si vous parlez de lui à quelqu’un d’autre, il faudra utiliser le keigo (敬語、けいご), la forme très honorifique de la langue. Je vous l’accorde que pour un non-Japonais, cela peut être assez perturbant, puisqu’on n’a pas ce concept en français. Ne vous en faites pas, c’est quelque chose qui vient avec la pratique.

L’entreprise, une seconde famille pour les Japonais

La culture du travail au Japon est vraiment quelque chose de déroutant aux yeux des Occidentaux. C’est comme une seconde famille, où chaque membre s’applique pour faire briller le blason. Des chercheurs pensent que cette volonté d’être perfectionniste et dévoué dans sa boîte aurait été influencée par le confucianisme, le bouddhisme et le shintoïsme. Un employé exemplaire a toutes les qualités citées plus haut. Il faut dire qu’il y passe de nombreuses heures aussi, à tel point qu’il délaisse souvent sa famille, affectivement parlant. Vos collègues sont très importants. D’ailleurs lors d’un mariage, on les invite dans un second banquet ! Et oui, votre entreprise, c’est votre vie, votre seconde famille.

サラリーマン Salarymen

En plus de faire preuve d’un dévouement et d’une loyauté sans faille, la ponctualité est une qualité primordiale. Arriver 10 minutes avant l’horaire prévu est un minimum. Donc non, ce n’est pas un cliché : même lors d’un rendez-vous, attendez-vous à ce que le Japonais soit là bien avant vous. Là encore, c’est un avantage (bien que parfois exagéré). On n’a pas besoin d’attendre dix ans que tout le monde soit là pour commencer à bosser tous ensemble, puisque tous les employés sont bien à l’heure.

Pourquoi un tel dévouement dans son travail ? Apparemment, cela serait pour bénéficier de la protection de l’emploi. Il est vrai qu’avant les années 90, l’emploi à vie était garanti, mais depuis l’éclatement de la bulle économique, ce n’est malheureusement plus vraiment d’actualité.

Il y a très rarement des grèves au Japon. Souvent, il s’agit surtout de s’asseoir à son bureau avec un brassard blanc en effectuant le boulot demandé. Ou de marcher autour de son lieu de travail avec des pancartes où sont écrites les revendications. Elles ne durent que quelques heures, voire un jour uniquement. Petit fait divers : en 2018, suite à l’annonce de l’arrivée d’un concurrent, les bus d’Okayama ont décidé de faire grève. Ils l’ont alors fait de manière très étonnante : ils ont accepté les passagers, mais refusé qu’ils paient le trajet.

Le salaryman, le modèle du travailleur Japonais le plus répandu

Le salaryman est souvent le cliché du Japonais typique que l’on a : costard-cravate, mallette, toujours en avance, très respectueux de ses supérieurs et de ses aînés, et qui se courbe à chaque fois pour s’excuser. Il est souvent caricaturé et source de moquerie dans la culture populaire.

Les salarymen sont nombreux au pays du soleil-levant, ils ont une énorme pression qui pèse sur leurs épaules de la part de leurs supérieurs, mais aussi celle des clients. Ils ne veulent en aucun cas salir l’image de leur entreprise, oh ça non. Ce serait un véritable déshonneur, un échec.

Tout n’est pas déprimant pour les salarymen cependant : nombreux sont ceux qui adorent tout simplement leur métier, retrouvent leurs collègues pour s’échapper de l’ambiance du domicile, arrivent à se sentir utiles dans leur profession…

Connaissez-vous l’anime Aggretusko, dont la protagoniste est un adorable panda roux qui travaille en tant qu’office lady ? Si non, je vous conseille vivement d’aller le regarder. C’est adorable et drôle, tout en démontrant les hauts et les bas de la vie d’une salariée d’entreprise nipponne, avec ces fameux tatemae et honne. Ce dernier est symbolisé par le côté « death metal » de Retsuko, le personnage principal, qui hurle dans son for intérieur ce qu’elle pense réellement. C’est totalement décalé par rapport au visage tout mignon du personnage qui sourit et s’excuse face à ses collègues ou supérieurs, ainsi que son côté gentil et serviable. Bref, un anime bien délirant à dévorer sans modération !

Quelques chiffres du monde du travail au Japon

La population au Japon est vieillissante, et compte parmi l’un des pays où les personnes âgées sont en majorité. Le nombre de jeunes n’est alors pas suffisant pour assurer une retraite sereine. Les seniors qui sont proches de l’âge de la retraite, ou qui devraient l’être, sont donc forcés de travailler plus longtemps. Les plus de 60 ans représentent par ailleurs 20% de la population active, soit environ 13 millions de Japonais. Et vous savez que c’est le même pourcentage que pour ceux qui ont entre 15 et 30 ans ?

Le chômage concerne 3 % de la population, et surtout les jeunes en général. Le salaire moyen à Tôkyô en 2020 est d’environ 325 000 yens par mois, soit 2577 euros, selon le Ministère japonais de la Santé, du Travail et du Bien-être. Il varie bien sûr en fonction de la ville et du niveau d’études.

Des obligations sociales dans le monde du travail au Japon

Partir après moi, tu devras

Partir après son supérieur est une norme dans le monde du travail au Japon. Il est très mal perçu de faire le contraire. Sans quoi, cela serait considéré comme un acte d’individualité, d’égoïsme. Les salariés font donc malgré eux de nombreuses heures supplémentaires, dites « zangyô » (残業、ざんぎょう), qui ne sont d’ailleurs pas souvent payées. Si vous pensez que le fait de rester plus sur son lieu de travail implique que la productivité est importante, détrompez-vous… C’est souvent plus un acte de présence. Alors si chacun attend que l’autre parte, on ne s’en sort pas et on se retrouve avec des heures supplémentaires démentielles. Elles peuvent aller jusqu’à une centaine d’heures par mois, alors que c’est moins de la moitié qui est légal ! Non-contents d’avoir des semaines avec des horaires conséquents, les Japonais prennent en général très peu de congés…

Lors du nomikai, du travail tu t’échapperas

En plus de passer leur journée sur leur lieu de travail, les employés se retrouvent généralement après pour passer la soirée dans un restaurant, un bar ou un izakaya. Cela s’appelle le nomikai (飲み会、のみかい). Ici, l’alcool coule souvent à flots, l’atmosphère est à première vue plus détendue, on y parle de tout et de n’importe quoi. Lors de cette soirée, le concept de hiérarchie est plus assoupli. Par contre, ce qui s’y déroule ce soir-là n’est jamais évoqué le lendemain : ce qui s’est passé au nomikai, reste au nomikai. Il n’est donc pas rare de voir en soirée des employés en costard en train d’amuser la galerie, pour finalement rentrer chez eux en titubant ou qui dorment à poings fermés dans les transports en commun. En avez-vous vu pendant votre voyage au Japon ?

nomikai (飲み会、のみかい)

Les jeunes commencent à voir ces petits regroupements après le boulot comme assez contraignants : même si on ne les force pas à boire, il y a tout de même une certaine pression qui est bien présente. Par exemple, si tout le monde s’enfile des litres de bière et que Toshio est le seul à ne pas le faire, il « casse » le délire du groupe. Et comme tout Japonais modèle qu’il est, il ne veut pas se faire voir comme un boulet.

La jeunesse s’affirme donc lentement en commençant à se défaire de ces obligations, qui ne sont pas agréables pour tout le monde, rappelons-le. En effet, toutes ces manies sont considérées comme un système social archaïque et conservateur par la nouvelle génération. Parce que finalement, s’échapper du stress du travail de la journée, d’accord. C’est même tout à fait normal. Mais avec des personnes qui nous le rappellent sans cesse, ce n’est pas vraiment idéal, pas vrai ?

Petite parenthèse

Saviez-vous que lorsque ces mouvements protestataires de jeunes ont vu le jour, les médias nippons les avaient affublés d’un nom méprisant : Shinjinrui ( 新人類、しんじんるい), signifiant “La nouvelle espèce humaine”. Comme si ce n’était pas humain d’en avoir assez de l’hypocrisie. Comme si ce n’était pas normal de vouloir travailler pour vivre, et non de vivre pour travailler. Vous aviez envie de prendre un peu de temps pour vos loisirs ? D’apprendre de nouvelles choses qui vous intéressent ? De voyager et découvrir le monde ? Vous étiez pour eux et l’ancienne génération un égoïste, un ingrat qui ne pensait qu’à dépenser son argent dans des choses futiles. Bon, je caricature légèrement, mais vous voyez l’idée. La frustration commençait peu à peu à se distiller dans les année 70-80.

De tes voyages, un omiyage tu rapporteras

En voyage d’affaires ou non, il y a une certaine pression à ramener un petit quelque chose aux collègues de l’entreprise, qu’on nomme omiyage (お土産、おみやげ). Il s’agit d’un souvenir, souvent alimentaire. C’est en quelque sorte votre petite preuve que vous avez visité tel ou tel lieu, et que vous avez surtout pensé aux autres. C’est donc très impoli de ne pas le faire. Encore une fois, c’est considéré comme de l’ingratitude et de l’égoïsme. Eh ben oui, pensez aux personnes qui n’ont pas pu voyager…

お土産、おみやげ

La précarité présente dans le monde du travail au Japon

Une pauvreté « soignée » dans les apparences

Si vous êtes déjà allé au Japon, vous vous souvenez ne pas avoir vu d’individus pauvres dans les villes, n’est-ce-pas ? Ou très peu ? En fait, ces personnes se fondent bien dans la masse. Que c’est étonnant de voir que ce monsieur en costard qui discute au téléphone tout en souriant est en fait quelqu’un de très pauvre. Qui n’a probablement même pas de chez-soi. Le mobile est même sûrement l’une de ses dernières possessions, pour rester joignable dans sa recherche de boulot. Là encore, comme le tatemae l’exige, on ne montre pas qu’on est désemparé et en grande détresse. On reste « digne » à l’extérieur, même si à l’intérieur, on saigne, on pleure.

Des situations qui font profiter les entreprises et les Yakuza

37 % des personnes ayant un emploi sont des travailleurs journaliers, selon les statistiques officielles du gouvernement japonais. Cela concerne surtout les jeunes, qui vivent dans la précarité. Il y a peu de lois qui les protègent, et souvent les tâches effectuées sont souvent ingrates, car ce ne sont pas des boulots dont la population veut. Pour les trouver, les travailleurs journaliers se rendent aux « marchés de l’emploi », les yoseba (寄せ場、よせば). Ce sont des endroits dangereux, contrôlés par les yakuza. Ils peuvent alors mettre leur vie en péril en décidant de s’impliquer dans des affaires illicites. Un Japonais lambda ne s’y aventure évidemment jamais.

Des associations pour les freeters et les NEET (acronyme pour « ni étudiant, ni employé, ni stagiaire ») ont été créées au fil du temps, afin de protéger l’intérêt de ces personnes qui n’ont souvent aucun recours si jamais elles connaissent des déboires avec certaines entreprises. En général, les travailleurs précaires occupent des postes où le niveau d’étude n’importe pas ou très peu : caissiers dans les konbini, servir dans les fast-foods… D’ailleurs, cela arrange pas mal de boîtes. Elles préfèrent les engager, car ils ne coûtent pas cher, et savent pertinemment qu’ils ont un soutien quasiment nul de la part du gouvernement et de la société.

Les freeters, anti-conformistes ?

Les freeters font leur apparition dans les années 80-90. Ils refusent d’occuper un emploi stable. Ils vivent de petits boulots et sont très mal vus par la population, surtout par l’ancienne génération qui les considère comme des partisans du moindre effort. C’est une certaine forme de liberté, et d’anti-conformisme. Le terme freeters est une contraction entre « free time » (temps libre) en anglais et « frei arbeiter » (travailleur libre) en allemand.

Bien que l’on emploie souvent ce mot en sous-entendant qu’il s’agit de personnes jeunes, il y a effectivement des Japonais d’âge moyen voire plus avancé qui le sont. On associe souvent cet anti-conformisme à la jeunesse – et c’était le cas lorsqu’ils sont apparus. Au départ, il s’agissait d’un choix de vie, afin d’avoir du temps pour soi, de travailler pour vivre. Néanmoins de nombreux adultes se sont retrouvés là suite à la crise économique. Les petits boulots ne rapportent malheureusement pas assez pour se loger. Ils vivent donc chez leurs parents, par exemple, ou dans les yoseba-mêmes, en louant des logements peu chers que l’on paie à la journée, les doya. Certains vont même dans des cybercafés. C’est une situation honteuse pour ceux qui ont été forcés de rejoindre cette catégorie de travailleurs.

Les discriminations dans le monde du travail au Japon

Les femmes et leur émancipation : un long combat

Lorsque les femmes se marient, elles quittent souvent leur emploi pour devenir des femmes au foyer afin de s’occuper des enfants et de la maison. Bien que certaines le fassent par choix, la plupart subissent cette situation et ont l’impression de ne pas pouvoir mener leur vie comme elles l’entendent et de sacrifier leur carrière professionnelle par pur conformisme. Heureusement les choses changent petit à petit. Beaucoup d’entre elles sont des office ladies, et essaient de repousser leur mariage le plus tard possible. Elles prennent alors le temps de voyager, de penser à elles, avant de vouloir fonder une famille.

D’ailleurs, les boîtes nippones ne trouvent pas les femmes très rentables. En plus, si celles-ci souhaitent retrouver un boulot après s’être occupée de leurs bambins, leurs chances sont très maigres : comme elles n’ont pas travaillé depuis des années, on les considère comme « sans expérience ».

C’est cette pression sociétale qui pèse toujours sur leurs épaules qui fait qu’elles mettent fin à leur carrière afin de se dévouer à leurs enfants. Et apparemment, lors de certains entretiens d’embauche, on leur demande comment elles vont se comporter lorsqu’elles auront leur premier bébé.

Le métier d’office lady est très peu épanouissant pour nombre d’entre elles, car non, il ne s’agit pas de réaliser des tâches à grandes responsabilités. Les salariées sont plus là pour améliorer l’ambiance au travail. “Vous prendriez bien un petit thé ?” Et bien sûr comme partout ailleurs dans le monde, elles n’échappent pas aux comportements sexistes de leurs collègues masculins, ou pire. Leur salaire est également moins élevé que celui des hommes.

Et même si de plus en plus de femmes s’imposent dans le monde du travail au Japon et montent dans la hiérarchie, nombre d’entre elles se résignent malencontreusement à leur sort, pensant qu’elles ne peuvent que subir les pressions sociétales. C’est donc une révolution qui s’effectue lentement.

Les Burakumin : une discrimination toujours bien présente aujourd’hui

Les Burakumin (部落民、ぶらくみん), littéralement “les gens du hameau”, compteraient environ 3 millions d’individus au Japon. Leur stigmatisation remonte à l’époque féodale du bakufu (幕府、ばくふ) des Tokugawa, où ils étaient vraiment tout en bas de l’échelle. Souvent abrégés en “buraku” (eh non, il ne s’agit pas du mot anglais “black” japonisé), ils représentaient deux catégories de la population :

  • Les Hinin (非人、ひにん), que les Japonais ne considéraient pas comme des humains. C’était pour la plupart des mendiants, des personnes travaillant dans l’art du spectacle, mais aussi les croque-morts. D’ailleurs, ceux-ci avaient la sinistre tâche de se débarrasser des corps des criminels exécutés.
  • Les Eta (穢多、えた), traduits par “pleins de souillures”, avaient des métiers en rapport avec les animaux morts, comme la boucherie ou le tannage, par exemple.

Ce qui est terrible, c’est que ces deux titres étaient héréditaires. Et bien qu’à l’époque, ils suscitaient l’effroi pour la population nippone, cette superstition n’a pas encore tout à fait disparu. Même après l’abolition des castes en 1871 durant l’ère Meiji (1868-1912). Malgré des lois punissant la discrimination, cette dernière reste toujours bien présente. Il est très rare qu’un Burakumin puisse travailler dans une grande entreprise. Comment font-ils pour les repérer ? Par leur nom de famille. Car personne ne peut les distinguer de par leur apparence : ils ressemblent tous à un Japonais lambda.

La minorité coréenne, partagée dans le monde du travail au Japon

Il y a une certaine dualité dans la minorité coréenne. En effet, bien que les premières générations soient toujours attachées à leurs origines, car elles ont été envoyées de force au Japon, les dernières générations sont quant à elles, plus “japonisées”. En général, celles-ci ne parlent pas coréen ou très peu. Elles se sont intégrées à la société japonaise au niveau culturel et social, puisqu’elles y ont grandi et évolué.

Comme pour les Burakumin, c’est leur patronyme qui peut indiquer leurs origines. C’est souvent ce qui leur porte préjudice lorsqu’ils doivent trouver un travail. Même avec une nationalité nippone, nés et élevés dans le pays. Car la population ne les considère pas comme des « vrais » Japonais. En cela, ils ont une situation totalement similaire à celles des Burakumin… On retrouve souvent ces Coréens-Japonais dans le monde du spectacle, mais aussi dans les jeux d’argent et chez les Yakuza. De nombreux chanteurs – qui ont d’ailleurs beaucoup de succès – sont des descendants de cette minorité coréenne.

Pachinko

Qu’en est-il des étrangers qui veulent travailler au Japon ?

Etranger au Japon

Un visa pour travailler

Le plus facile pour venir travailler au Japon, c’est le permis vacances-travail (PVT) qui dure un an, mais n’est pas renouvelable. Avec celui-ci, vous n’avez pas besoin de parler forcément la langue, bien qu’un JLPT4 vous soit conseillé. Vous ne pouvez bosser que 28 heures par semaine avec votre petit job ou « arubaito » (アルバイト).

Par contre pour faire plus qu’un petit « baito » en tant qu’étranger, les formalités vont être plus strictes, mais ce n’est pas impossible, rassurez-vous. Les autorités et l’entreprise joueront en effet les inspecteurs en consultant votre parcours, ainsi que votre dossier. Et pour avoir un maximum de chance de réussir, voici ce qui est conseillé :

  • parler un très bon japonais : le N2 est vivement recommandé
  • maîtriser l’anglais n’est pas non plus négligeable dans le monde du travail
  • avoir un bon niveau d’études avec un diplôme reconnu mondialement est un gros bonus

N’hésitez pas à vous rendre sur le site de l’ambassade du Japon en France, vous obtiendrez de précieuses informations concernant toutes les démarches administratives, afin de réussir au mieux votre projet.

S’épanouir en travaillant au Japon en tant qu’étranger, c’est possible !

Donner des cours de français ou d’anglais est souvent le plus répandu chez les francophones. Et si au début les différences culturelles peuvent paraître surprenantes pour les étrangers, on peut voir que dans certains témoignages, ils s’y sentent si bien. C’est leur nouveau « chez-eux », et ils considèrent la boîte dans laquelle ils travaillent comme leur seconde famille. Pour rien au monde ils ne rentreraient dans leur pays.

En tant qu’étranger, vous pouvez également être la vedette ou la petite curiosité de l’entreprise. Et si vous parlez la langue, alors là, vous faites preuve d’une volonté de vous intégrer. Ce qui sera un effort largement apprécié de la part de vos collègues japonais !

L’expérience vécue dépend évidemment de chaque personne. Mais en général, celui qui parvient à réellement s’épanouir au Japon est quelqu’un qui :

  • aime l’aspect « communauté », l’esprit d’équipe ;
  • adore travailler en groupe ;
  • sait s’adapter ;
  • est curieux (dans la mesure du raisonnable, bien sûr) ;
  • fait des efforts pour parler et progresser en japonais.

Il semblerait que les Japonais soient également moins stricts envers les étrangers : au niveau vestimentaire ou de l’apparence, par exemple. Certains peuvent, entre autres, garder leurs piercings, leur coiffure… ou ne pas faire d’heures supplémentaires (en refusant poliment).

La chose vraiment négative que l’on peut ressentir quand on est expatrié, malgré nos efforts d’intégration, c’est cette impression qu’on ne fera jamais partie du pays, qu’on restera toujours un étranger, un « gaijin» (外人、がいじん) à leurs yeux. Et donc qu’on ne sera jamais réellement intégré dans la communauté.

Afin d’être moins affecté par le choc culturel, peut-être que venir en tant que touriste au Japon pour la première fois est un bon compromis, avant d’y revenir en PVT ou d’y travailler en entreprise.

Nous vous recommandons de visionner cette vidéo afin d’en apprendre plus sur la vie d’un salaryman japonais, mais également sur celle d’une Canadienne travaillant au Japon depuis plusieurs années :

Le karôshi : une réalité dans le monde du travail au Japon

Le dévouement d’un employé envers son entreprise est une valeur omniprésente dans la société nippone. En plus des heures supplémentaires non payées, nombreux sont ceux qui ne profitent pas de leur famille, à tel point que la boîte dans laquelle il bosse lui sert de substitut. Certains vont même travailler jusqu’à en mourir. On appelle cela le karôshi (過労死、かろうし), “la mort par dépassement au travail”. Les docteurs japonais Hosokawa, Uehata et Tajiri ont inventé ce terme dans les années 80. En faisant trop d’heures supplémentaires, le stress engendré provoque dans la plupart des cas une crise cardiaque, un AVC… ou même un suicide. On parlera alors de karôjisatsu (過労自殺、かろうじさつ).

Peut-être avez-vous entendu parler du cas de Miwa Sado, qui était une jeune journaliste de 31 ans. Elle travaillait pour la chaîne très populaire NHK et est morte en 2013, à cause d’une crise cardiaque provoquée par un surmenage lié à son métier. En effet, elle avait fait plus de 150 heures supplémentaires en un mois ! Ses parents font des pieds et des mains pour combattre le karôshi dans la société japonaise. Sa mort a provoqué une vague d’indignation au sein de la population, choquée par cette triste nouvelle.

Kona Shiomachi a publié anonymement sur Twitter son manga « Quittez votre boulot avant qu’il ne vous tue » suite au suicide d’un employé de la boîte Dentsu Inc., en décembre 2015. Il est devenu très vite populaire et démontre bien la pression qui pèse sur le salarié, ainsi que la charge de travail imposée…

En conclusion

Le monde du travail au Japon n’est pas tout rose, même si on en a une image soignée et exemplaire, souvent reliée par des médias ou des fans peu informés, qui n’effleurent que la surface du sujet. C’est quelque chose de très délicat. Le gouvernement nippon en a bien sûr connaissance, mais comment gérer cela en sachant que la culture du travail est bien ancrée dans la société ? De plus, savez-vous que les Japonais ne sont pas les seuls forçats du boulot ? En Asie, c’est très répandu.

Pourtant, tout n’est pas aussi noir : on aime aussi ces aspects plus stricts et cadrés dans le monde du travail. La discipline est vraiment présente au sein des équipes salariées : pas d’insubordination, et quand une tâche est attribuée, vous pouvez être sûr qu’elle sera réalisée. La ponctualité et la propreté des transports en commun sont également un gage de qualité et font la renommée du Japon. Franchement, quel plaisir de voyager dans des rames impeccables pour arriver à destination… ainsi qu’à l’heure prévue ! On peut même éprouver une certaine admiration envers ce dévouement et cette loyauté dont ils font preuve. Là-bas, on considère aussi très bien le client (bon, ça arrive qu’il y ait quelques grognements ou impolitesses, ils restent humains après tout). Enfin, l’esprit d’équipe en ravira plus d’un qui s’est senti délaissé par ses collègues, ou démotivé en bossant tout seul !

Heureusement que la nouvelle génération commence à s’affirmer, à vouloir moderniser le monde du travail au Japon. On verra donc sûrement de nouvelles lois apparaître pour encadrer encore plus les heures supplémentaires, afin d’éviter des cas de karôshi. Seul le temps nous le dira. Le principal écueil dans cette « révolution », c’est que l’ancienne génération ne la soutient que très rarement.

Vous pouvez ranger vos carnets et vos petits stylos, cet article est fini. Mais avant de fermer cette page, prenez vos claviers : pour ceux qui n’y connaissaient pas grand-chose, comment imaginiez-vous le monde du travail au Japon ?
Souhaiteriez-vous y travailler ?
Et, pour ceux qui l’ont déjà fait, je vous invite également à raconter votre expérience en commentaire. Et n’oubliez pas : tout n’est jamais tout blanc ou tout noir !

Article écrit par Leïla Casarin

Consultations de sites, lectures et visionnages conseillés

Partager l'article :
  • 3
    Partages

4 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *